Ray
Publié le 15 Juillet 2013
Pour toi qui aurait raté la rediffusion de Ray sur Arte, et qui devra forcément supporter un jour de pluie pendant tes vacances, je te confirme que la plage, ce jour-là, est une fausse bonne idée. D'ailleurs, toute décision palliative n'est pas obligatoirement un bon choix...
Voici donc un teaser d'ursidé décidé à t'éclairer !
Jour de pluie
Tu vois de quel jour, je parle, bien sur !
C'est celui qui arrive pile-poil quand tu avais prévu la balade en bateau dans le golfe, vers les îles ou juste au bout du brise-lame, vu que tu gerbes tripes et boyaux (pas les andouillettes) dès que le clapot fait rage dans une mer déchaînée avec des vents de force 0,5 !
Ce jour-là, tu peux aussi avoir programmé l'excursion en montagne avec les ânes. Je parle bien des équidés, pas des baltringues accompagnés d'une meute de chiards, chaussés de Canverses en toile ou de ballerines, voire de sandales, tu sais celles dans lesquelles tes pieds transpirent tellement que sur un malentendu tu peux déjanter et te retrouver avec le petit orteil coincé entre 2 lanières, la pompe en plastoc remontée le long de la cheville, perpendiculaire au sol, le tout dans un hurlement de douleur à faire pâlir de jalousie Lara Fabian elle-même, chaque baltringue donc, sans eau pour l'ascension (ni pour Pâques) et équipé du seul t-shirt à peu près propre qui restait dans la valise, tout ça pour une balade à… 2 500 m d'altitude. Un peu de patience, et tu as rapidement la confirmation implicite du statut auto-proclamé de Monsieur et Madame Blaireau, celui-ci se traduisant par la phrase-code "putain, j'ai pas de réseau", suivie en écho de "t'es sur ? Mais non, bouge un peu...". Mieux, si tu es veinard, ils peuvent allumer une clope à la pause, quand tu viens de te farcir 300 m de dénivelé en 3 heures, que tu en as chié comme un russe blanc, calé dans le chemin monoplace et néanmoins rocailleux, derrière la meuf du mec, que son Q on dirait une remorque, et que tu ne peux pas doubler, parce qu'à droite, tu tombes, et tu n'as que 700 m pour apprendre à voler, c'est trop court, et à gauche, la végétation est protégée, donc tu respectes parce que tu es nativement du signe du marcheur, ascendant (!) marmotte parfumée à l'edelweiss (mieux ça que l'inverse...) !
Donc, en ce magnifique jour d'averse, tu improvises l'activité supposée plaire à tout le monde, pour peu que tu sois en vacances avec des potes en couple, évidemment, ou que depuis tant d'années de location du mobile-home, tu sois devenu intime avec tes voisins historiques - il pourrait même t'arriver de ne pas reconduire la réservation au Cap Gris-Nez si, par malheur, tu apprenais que l'année prochaine, lesdits voisins décidaient de tenter la Vendée, dont tu penses qu'elle est située à la frontière espagnole, destination pour laquelle tu es certain que ta 4 L Parisienne coulera la bielle avant d'arriver au pays des ventres à choux -, intime de tes voisins donc, au point de partager plus que l'anisette du midi et du soir, alors que tu ne bois que des mominettes, mais une trentaine à chaque apéro, les parties de boules pendant lesquelles la contestation d'un point peut durer 20 mn, mesures et mauvaise foi à l'appui, le bal du 14 juillet et sa chenille, sa lambada et son YMCA (quand tu penses que le madison a engendré toutes ces merdes !), les ronflements et les pets, et pas que ceux du mec, et enfin l'orgasme discret de madame, étouffé par les halètements de chameau en rut de monsieur, et émaillé de "chuuuut, les voisins vont entendre..." de sa dulcinée pas toute entière concentrée sur la montée chaotique de son plaisir, ce qui explique la discrétion mentionnée plus tôt dans la phrase… Tu croyais que tout ça n'était pas cohérent, hein ? Pffff, c'est d'la luge ! Au passage, tu peux reprendre ton souffle parce que sincèrement, je reconnais avoir été respirantogène en ponctuation dans le paragraphe la phrase précédente.
Ce jour de grain, tu décides donc d'emmener la smala faire les boutiques du centre commercial de la ville proche. Au bout d'une heure quarante-cinq de voiture, alors que n'as parcouru que 800 m après le passage à niveau à la sortie du bled, tu réalises soudainement que les 35 000 touristes présents dans le coin ont tous eu la même idée que toi ! Copieurs ! Ce qui, au-delà de te prouver que tu manques totalement d'originalité, te permet de percuter sur ton statut de mauvais père, puisque tu as déjà ouvert la boite à gifles et distribué quelques mandales aux merdeux excités comme des puces à l'arrière de la berline, vu qu'en plus, pour paraître libéral, tu as généreusement entassé les quatre gosses des voisins avec les tiens, sans te rendre compte qu'il y avait de la graine de Capone dans ces p'tits gars-là ! Les parents ont l'air tellement bien...
Une fois arrivé à destination, à la tombée de la nuit (t'as remarqué, ça tombe plus vite les jours de pluie), tu calcules rapidos le prix du parking privé pour garder suffisamment de monnaie à mettre dans le tataouin à la sortie, et tu te demandes où tu as bien pu oublier ta carte bancaire qui n'est plus dans ton portefeuille soigneusement rangé dans ta banane.
Ah oui, tu as payé les tongasses de toute la famille, le lendemain de l'arrivée, dans le magasin où sévissait la jolie vendeuse dont tu matais tellement les tchoutches que tu en as oublié de récupérer ta carte… Et penser que l'enfoiré de commerçant va forcément t'embourber, te rend sauvage l'espace d'un instant, jusqu'à ce que ta femme te dise "chéri, j'ai ta carte, tu la veux ?" Et là, au lieu de reprendre gout à la vie, et adopter l'attitude un peu dégagée du mec zen, tu balances, avec la voix du gonze qui met le bras dans un buisson de ronces pour récupérer le doudou du petit dernier, "t'as acheté quoi ?", d'un air tellement suspicieux qu'instantanément tu deviens le clone de Jean-Fierre Poucaud vociférant la phrase (parmi les phrases) qui l'a rendu célèbre "C'est votre dernier mot, Machin ?".
Vite fait et à la demande générale, quelques tirades illustres du sémillant Jipé : "tu l'as dit, bouffi !", "et ça, c'est du chocolat-mousse ?", "c'est à la fin de la poire que Jamel Debbouze" ou encore "Ah le bel appât que la pie n'happa pas !"
La petite robe de plage, copie conforme de celle de l'an dernier, sauf que cette année, elle est rose fluo, et que tu n'as pas pris la peine de remarquer, alors que ta femme la porte depuis que tu as décidé de l'expédition du jour, s'avère être l'objet payé avec ton morceau de plastique empucé et achève de te coller les cacahuètes pour le reste de la journée. C'est la raison pour laquelle, tu ne comprendras pas, en vrac, pourquoi tu payes à prix d'or des glaces tout droit sorties des seaux de 10 kgs de Métro, alors que l'ardoise affiche fièrement "Glaces artisanales", (tu n'as pas percuté que l'annonce concerne les morceaux de miroirs ébréchés collés sur le mur des toilettes, pas de publicité mensongère, Sergent !), pourquoi le bel ado minet abdominé mate ta femme avec la même envie que celle que tu avais lorsque tu l'as rencontrée et que, l'air de ne pas y toucher, elle aime ça, la pintade, ce qui te recolle immédiatement les triples boules (les cahouètes et les 3 boules, ça commence à peser sa race), pourquoi tout le monde s’évertue à te dire que 48, c'est trop petit, pour ton bermuda d'inspiration hawaienne version souk, pourquoi tes lardons veulent toujours le jouet le plus cher, et que dans ta psychologie à leur expliquer que le plus cheap est mieux, t'es juste une burne, et que les gens qui ne s'écartent pas quand tu passes, c'est pas un scandale, mais c'est la taille au dessus !
Pour info, tu vas mettre le même temps pour rentrer qu'à l'aller, sauf que le mec à qui tu refuseras la priorité à la sortie du parking va te traiter de "gros plouc" devant tes gosses, et comme il a une Porsche et toi pas, tu ne le rattraperas pas... Pire tes gosses vont te gaver avec une remarque dans le genre "whaaahh, t'as vu la caisse, Papa, trop belle ! Pourquoi on en a pas une comme ça, nous ?". La haine ! A l'arrivée sur ton lieu de villégiature, ta place de parking, à 600 m de ta location, sera occupée et de surcroît par des étrangers et tout ça se terminera par un trip "Hôtel du Q tourné" vu que tu auras fais caguer tout le monde toute la journée pour un choix erratique et inadapté à la base.
Pour éviter cet effet papillon, je te propose une perspective différente... Il pleut ? Tu colles tes gosses au Club Micka du coin, tu loues un film (ou mieux, tu as pris la précaution de mettre quelques DVD's dans ta valise, parce qu'à toi, on ne la fait pas, et si le climat vire à l'intempérieux, t'assures grave), et tu te fais un plan plateau-bouffe, au lit, avec ta sauterelle (je te respecte beaucoup plus que j'en ai l'air, Madame ou Mademoiselle, je t'assure, mais là, je me la raconte un peu macho branlot, ça colle mieux au récit), et tu termines la séance par un câlin calibré tendresse et plus si affinités et forme olympique ! Merci qui ?
Afin de t'épargner la valse hésitation du choix du DVD, je m'en vais te parler de Ray…
Ray
Ray... Ray Charles Robinson, alias Ray Charles, alias the Genius...
Qui n'a pas, un jour et peut-être sans le savoir, écouté et fredonné une chanson de Ray Charles ?
Cette immense star américaine est née le 23 septembre1930 dans la pauvreté matérielle à Albany, Georgie, un état ségrégationniste radical. Il est décédé le 10 juin 2004 dans sa propriété de Beverly Hills, Californie. C'est le parcours unique de ce personnage fondamental dans la culture musicale américaine que le réalisateur, Taylor Hackford, a mis en images, en sentiments et en sons dans "Ray".
Atteint de cécité à l'âge de 7 ans, Ray Robinson, élevé par sa mère, reçoit une éducation intransigeante ("ni chien, ni canne", "ne te laisse jamais traiter en infirme", "il faut que tu t’en sortes seul") et prévenante ("attention, les menteurs sont des voleurs") qui le conduira vers les sommets de la notoriété, le transformant peu à peu en icône planétaire...
Son histoire est narrée sans complaisance, mettant en relief les diverses facettes de la personnalité du chanteur. Totalement impliqué dans le projet, Ray Charles tenait à ce que le film dise toute la vérité, sans rien occulter, sans idéaliser, sans magnifier. Avant sa mort, il aura l'occasion de visionner le film dans sa phase terminale de montage. Il en éprouvera un trouble immense, autant du à la véracité de la mise en image de sa vie qu'à la performance exceptionnelle de Jamie Foxx.
Ray Charles, redoutable homme d'affaires, militera pour la cause de ses frères de couleurs, à la fois par ses textes mais aussi par ses actions. Il a, entre autres, versé plus de 20 millions de dollars à des œuvres de charité en charge de bâtir des établissements scolaires pour les afro-américains les plus démunis, et également à des fondations dédiées à l'accompagnement des non-voyants et à la recherche thérapeutique de la cécité.
Le film
Taylor Hackford a planché 10 ans sur ce film, et a, petit à petit, affiné son contenu. Le premier bénéfice aura été, pour les spectateurs, de permettre à Jamie Foxx d'obtenir la maturité nécessaire pour interpréter ce rôle unique. Sa composition est absolument prodigieuse... Jamie Foxx ne joue pas Ray Charles, il EST Ray Charles ! Le mimétisme est époustouflant. L'attitude physique, les rictus, le rythme et les intonations vocales (en V.O. bien sur) laissent imaginer en permanence que Ray Charles joue son propre rôle. C'est extraordinairement bluffant... Alors, me diras-tu, c'est donc réservé aux fans purs et durs ? Absolument pas !... L'histoire est magnifique, alternativement filmée avec une pudeur d'une décence exemplaire mais aussi une violence non-réprimée, suggestive ou réelle... La vie, sans artifice, sans complaisance, dans tout ce qu'elle a de concret.
Les interprétations des personnages sont superbes, du premier rôle au figurant de passage. Les décors sont d'une fidélité temporelle hallucinante, avec une mention toute particulière aux véhicules de collection utilisés tout au long du film. La magie prend le pas, et c'est une immersion totale dans l'environnement quotidien du chanteur. Et, en prime, un immense plaisir se révèle au fur et à mesure de la découverte des songs qui émaillent le métrage.
Toi, l'amateur de musique, tu comprendras (ou te verras confirmer...) l'importance considérable de Ray Charles dans la progression du Blues, du Rythm'n Blues, de la Country, voire de la Soul. La vie des studios, les salles de concert enfumées et endiablées, les maîtresses (les sensuelles Raylettes liées à l’univers de la musique, des hôtels et des tournées), tout est là, sans fard, sans exagération ! Ils découvriront également les méthodes utilisées par les producteurs, pour s'attacher les services d'un talent, ainsi que l'intelligence de l'homme privé de la vue pour résister aux pièges successifs qui lui sont tendus. Tous, sauf un, la dope... Le rapport de Ray Charles à l'héroïne est filmé objectivement, sans romance, sans altération et sans pitié déplacée. Les bad trips, qui le replongent dans des traumas sortis de l'enfance, sont criants de vérité.
Jamie Foxx
Que dire de plus, sinon que la vie de Ray Robinson méritait bien un film, et que celui-ci est une réussite magnifique, pleine de sensibilité et d'intelligence. Quant à l'hallucinante prestation de Jamie Foxx, elle lui a valu de nombreuses récompenses, dont l'Oscar du Meilleur Acteur en 2005, juste après avoir obtenu l'année précédente, le Golden Globe du Meilleur Second Rôle pour son interprétation de Max, le chauffeur de taxi de "Collateral". Il avait même réussi à rendre Tom Cruise crédible, et ça, c'est une vraie performance ! Je l'ai récemment vu puissantissime dans interprétation de Django du métrage de Tarantino "Django Unchained".
Pour les besoins du tournage, l’acteur, pianiste de formation (il a composé la B.O. du film "l'Enfer du Dimanche"), s’est glissé dans la peau du musicien au point de s’imposer 60 jours d’obscurité totale pour mieux ressentir la cécité. Possédé par le personnage, il s’est montré un élève attentif du Maître qui l'avait guidé dans le doigté au clavier : "Tout est là, au bout de tes doigts. C’est tout ce que tu dois retenir et comprendre pour exprimer le blues et tous tes sentiments".
J'ai noté, dans sa biographie, que Jamie Foxx avait été "recueilli" par ses grand-parents à l'âge de 7 ans, lorsque sa mère (elle-même enfant adoptée) et son père s'étaient séparés... Quelque chose me dit que ceci explique peut-être cela...
Je te souhaite sincèrement le même plaisir que celui que j'ai ressenti, à chaque fois, pendant presque 3 heures, en rappelant que la V.O. supplante la V.F, mais cette remarque est redondante...
Nota bene : si "Ray" t'accroche, laisse-toi faire par :
- le captivant "Tina" de Brian Gibson (Tina Turner)
- le décalé "Great Balls of Fire" de Jim MacBride (Jerry Lee Lewis)
- l'excellentissime "Walk the line" de James Mangold (Johnny Cash)
- le surprenant "Gainsbourg, vie héroïque" de Joann Sfar
- le superbe "Around Midnight" de Bertrand Tavernier (le pianiste de jazz Bud Powell, même si Dexter Gordon est saxophoniste)
- l'hypnotisant "Bird" de Clint Eastwood (Charlie Parker)
- le très réaliste "I'm not there" de Todd Haynes (Bob Dylan)
- le tourmenté "the Doors" d'Oliver Stone
- le dérangeant "the Wall" d'Alan Parker (Syd Barett, co-fondateur de Pink Floyd)
- l'envoutant "El Cantante" de Leon Ichaso (Hector Lavoe, qui fit découvrir la salsa aux USA)
- le magnifique "the Rose" de Mark Rydell (Janis Joplin)
Avec la complicité fraternelle de Bob "Chucky" Wymbs, réparation d'un oubli de taille :
- l'énergique "the Commitments" d'Alan Parker (the Commitments, groupe de soul irlandais)
Cette liste n'étant pas exhaustive, n'hésite pas à poster d'autres titres de biopics musicaux via un commentaire...
6 youssounes ! d~.~b
PS : dans l'intimité recueillie de "Les hommes sont toujours des enfants" de Jonasz... Sérieux !
Les yeux sont aveugles. Il faut chercher avec le coeur...
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